• À BORD DU GRANDE BUENOS AIRES

    Carnet de voyage en mer
    Antoine Rochette

Je suis aussi un membre du club des 5. Rapidement :

Jean, Irlandaise bientôt retraitée. Elle revit le voyage que son père a fait il y a exactement 100 ans. Tour complet de l’Amérique latine. J’y reviendrai.

Derek et Melissa, la cinquantaine. Australien et Néo-Z. Sur la route depuis près de 3 ans en 4×4. Trans-americaine du Chili à l’Alaska. Bateau de SF à Vladivostok. Ils ont roulé jusqu’à Anvers en passant par la Sardaigne…

André, 70 ans. Retraité d’un poste de direction à la fédération des BTP belge il me semble. Gros potentiel pour me bouffer mais sympa. A déjà fait plusieurs traversées et du coup il s’y croye un peu. Il aime bien dire qu’il « faut donner des images aux douaniers africains. Des images pieu$es. »

Je suis surtout bien à la cool. Petit déj entre 7 et 10. Déj à midi. Dîner à 18 heures. Entrée-plat-salade-dessert-café + 1/4 de vin et Pepsi. C’est très copieux. Je vais pouvoir lever de la fonte et en éclater au ping-pong. Je peux me promener partout et il fait beau.

On a pris un peu retard. On vient de laisser à tribord les lumières de Lanzarotte, l’île la plus à l’est des canaries. La faute à une panne électrique à l’entrée du port de Vigo. Ça a pas mal stressé l’équipage et on a perdu une journée et une nuit. L’odeur de gasoil était liée à ça visiblement.

La côte était sublime. On a passé la journée à attendre au large, accompagnés par un navire de sauvetage. Puis deux remorqueurs sont arrivés à la rescousse.

28 février 2017

Les deux remorqueurs au large de Vigo

Vigo est le plus grand port de pêche d’Europe mais a également une grosse usine PSA. On a chargé pas mal de bagnoles, amarrés devant un parking immense sur lequel des chauffeurs n’ont cessé de remplir et vider des files de voitures. L’usine.


Le Master nous a reçus dans sa cabine. Très sympa. Verbatim : J’adore l’Afrique ; tout le bateau vous est ouvert, sauf pendant les manœuvres bien sûr ; Grimaldi est basé à Palerme, je ne sais pas pourquoi ; on n’attend jamais pour avoir une place dans les ports, je ne sais pas pourquoi.

En tous cas les affaires sont florissantes, la compagnie a commandé dix nouveaux navires permettant se transporter chacun 18 000 voitures.

La veille, un des gars râlait sur le fait que Grimaldi envoyait ses anciens bateaux en Amérique latine et les nouveaux en Afrique. Celui-ci date de 2004 et visiblement c’est assez ancien pour cette compagnie. J’avais trouvé des photos avec des cabines plus cosy.

En parlant de ça, Jean a sacrément aménagé la sienne avec des cartes et des photos.


Pas facile de trouver du réseau. Message rédigé il y a une dizaine de jours. J’essaie de rattraper…

[NDLR : prendre la voix de Jacques-Yves Cousteau pour lire le premier paragraphe]

Nous sommes au large de la Mauritanie, à la latitude de Nouakchott mais aucune côte en vue. Depuis deux jours maintenant, une colonie de mouettes a établi son camp de base sur les containers situés à la proue du bateau. Ce matin, une bande de dauphins accompagnait notre descente vers le sud en faisant des bonds hors de l’eau, sous le regard perçant des gannits à la recherche de leur déjeuner. Le nôtre est servi. Derek m’appelle et je descends au mess pour rejoindre l’équipage du Grande Buenos Aires en me léchant les babines.

Et j’ai loupé les baleines au niveau de Nouadhibou (niche ?) mais on en verra d’autres.

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15 mars 2017


Si tout va bien, demain nous serons à Dakar.

Le Master nous a une nouvelle fois invités à boire le café. Jean et Melissa se sont maquillées, lui est en t-shirt fluo, cuissard et débardeur. Prêt pour enchaîner avec sa séance de sport. Il confirme ce que disait Francesco sur l’état du bateau et la salle de gym mal équipée. Moi je m’en fous de faire mes pompes sur les restes d’un vieux cargo. Oh oh-oh-oh-oh.

Les mecs n’arrêtent pas : nettoyage du pont au Karcher, dérouillage, petits travaux de peinture… Et c’est dingue, je n’ai pas encore croisé tout le monde. On est descendu au garage chercher des chaises de camping dans la voiture de Derek et Melissa. C’est énormissime. 1 300 bagnoles.

On doit planter l’ancre vers 10 heures mais nous ne pourrons accoster que vers 22 heures. Escale de 24 heures. Ça c’est très cool. Ils nous concoctent une visite de l’île de Gorée. On verra.

Le retard s’accumule. Ça commence à m’inquiéter pour la suite et ma petite Audrey qui va m’attendre. La bonne nouvelle c’est que le prix par jour ne cesse de diminuer.


« No shore pass »

Précédemment à bord du Grande Buenos Aires (et toujours avec beaucoup de retard à l’envoi).

Premièrement, une énorme déconvenue : « no shore pass » à Dakar. Terrible. L’information nous tombe dessus comme un container : nous devrons rester à bord. Arrivés la veille au soir, j’avais mis mon réveil à 7 heures. Pareil pour les autres. On discute, on négocie.

Visiblement le type du port n’a pas apporté le papier. Au déjeuner, le Master nous fait ses excuses et nous annonce un départ à 13:40. Nous quittons finalement vers 20 heures. Soit 24 heures sur place. À quais.

Les boules. Honnêtement c’est la première fois depuis le départ que je me suis retrouvé en situation d’attente. Petite souffrance.

Comptez 4 min 30 par container à Dakar

17 mars 2017


C’était pourtant très cool de voir le port en mouvement. Les grues, les ouvriers qui manipulent les containers… Cinq types qui glandaient sur le bateaux juste en dessous de moi ont commencé à chahuter. L’un a attrapé un poteau en métal et l’autre une chaîne avec un crochet. Un show à mi-chemin entre la lutte sénégalaise, le combat de gladiateurs et West Side Story. Génial.

En tous cas, je retiens l’arrivée dans la brume matinale (oui, on a passé 8 heures à l’ancre avant d’accéder au port). Les pêcheurs sur leurs pirogues à moteur, la côte qui se découpe au loin, l’île de Gorée au soleil couchant, la montée à bord du pilote local, les nuées d’oiseaux qui passent à toute blinde… Je dois bien avouer que j’avais quand même un petit air de Jack Nicholson dans Shining vers 14 heures.

On s’en fout. Cap sur Freetown, Sierra Leone.


« This is my work, this is my chimney color ! »

Je discute avec deux mécanos en attendant le dîner. Deux grands gaillards croates. Tony, boxeurs et Allan, un cheveul. Ils ont embarqué à Vigo pour régler notre problème de machinerie.

Tony attaque en demandant pourquoi les Français parlent si mal anglais. Je n’ai pas encore ouvert le bec. L’autre pétoune contre le chef mécano du bateau, me garantit que tout est en ordre maintenant et m’offre une sortie remarquable en désignant la fumée de la cheminée, bien plus claire maintenant : this is my work, this is my chimney color !

Ils font des missions d’intérim pour Grimaldi. Apparemment ça rapporte pas mal puisqu’ils arrivent à sortir 5 000 balles lors des bons mois. Mais parfois 1 000 seulement. Sont payés à l’heure et rentrent en avion après-demain à 5:30 de Freetown : Casablanca > Rome > Split. Ils sont considérés comme passagers depuis Dakar et me demandent si nous, on a de l’alcool à table…

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La cheminée du Grande Buenos Aires

Cheminée de Grande Buenos Aires

Ambiance sur le bateaux : gros travaux de rénovation.

L’impression de bouquiner sur un balcon de résidence espagnole avant la crise. Ça tambourine dans tous les sens. Ça va, j’ai vue sur la mer et les poissons volants. Je dessine, le soir on joue au five hundred, un genre de belote je crois.

J’arrête là mes doux agneaux. Je vais photographier les préparatifs du barbecue de ce soir. On a franchi l’équateur cette nuit et ça se fête. Cap sur Vitoria, Brésil.